
Les dirigeants africains tiennent un sommet du 1er au 3 juillet dans la ville portuaire libyenne de Syrte sur fond d’un grave défi posé par une série de putschs et de tentatives de coups d’Etat au cours de ces derniers mois.
Le sommet, prévu initialement à Tananarive, la capitale de Madagascar, a dû changer de site après que le leader de l’opposition Andry Rajoelina eut renversé le président d’alors Marc Ravalomanana en mars dernier avec le soutien de l’armée.
L’Union africaine (UA) a condamné le changement inconstitutionnel du gouvernement malgache, le qualifiant de coup d’Etat, et suspendu l’Etat insulaire de l’océan Indien de son statut de 53e membre du bloc.
Madagascar est le 3e pays à être privé de son statut de membre de l’UA à la suite d’un coup d’Etat, après la Mauritanie et la Guinée.
Alors que les coups d’Etat ont choqué les dirigeants africains et le monde, le Togo et la Guinée-Bissau ont récemment rapporté des tentatives de coups d’Etat manquées, ce qui a renforcé les craintes d’une restauration du régime militaire qui s’est abattu sur le continent dans la dernière moitié du 20e siècle.
En Guinée-Bissau, le ministère de l’Intérieur a annoncé début juin qu’il avait fait échouer une “tentative de coup d’Etat” dans laquelle plusieurs personnes avaient été tuées, dont un candidat présidentiel aux élections du 28 juin et un ancien ministre de la Défense.
Les meurtres politiques ont suivi le couple d’assassinats en mars dernier du président Joao Bernardo Vieira de ce pays ouest-africain et du chef de son état-major, le général Batista Tagme Na Wai.
La recrudescence des coups d’Etat à l’ancienne mode a poussé les dirigeants africains à agir de concert pour défendre la démocratie et la Constitution, qui sont respectées en commun au 21e siècle en tant que clé pour le développement et la prospérité du continent.
Lors de l’ouverture du 13e sommet de l’UA à Syrte mercredi, le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, a exprimé ses inquiétudes au sujet des “graves tensions” et des “conflits persistants en Afrique“. Il a demandé aux dirigeants africains d’”adopter une position commune” à l’égard des “changements anti-constitutionnels susceptibles d’affaiblir l’Union”.
Bien que les putschs soient explicables par un certain nombre de facteurs, dont l’histoire coloniale de l’Afrique, la Guerre froide, la pauvreté et la corruption, ils ont la même conséquence, l’instabilité.
Dans les pays africains où des conflits se poursuivent, chaque pays peut sans exception trouver une histoire de coup d’Etat. Par exemple, la Somalie souffre de nombreuses années de guerre depuis que l’ancien président Mohamed Siad Barre a été évincé en 1991.
Pour mettre un terme à la “culture du coup d’Etat” sur le continent, les dirigeants africains ont répondu avec détermination aux nouveaux meneurs militaires.
Après les putschs, l’UA, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) ont respectivement suspendu la Mauritanie, la Guinée et Madagascar.
Cependant, l’UA, la CEDEAO et la SADC ont parrainé des solutions politiques aux crises dues aux putschs.
Avec l’aide de la communauté internationale, les dirigeants africains ont persuadé l’opposition et la junte militaire en Mauritanie d’organiser l’élection présidentiellle le 18 juillet. Si le scrutin s’avère un succès, il mettra fin non seulement à la crise provoquée par le coup d’Etat du 6 août 2008, mais donnera également l’exemple à la Guinée et à Madagascar.
Mercredi, l’UA a annoncé la levée des sanctions contre la Mauritanie pour encourager les parties concernées à restaurer la démocratie et l’ordre constitutionnel.
En Guinée, la junte militaire, qui a pris le pouvoir en décembre dernier à la suite du décès du président Lansana Conte, a promis de restituer le pouvoir après une élection organisée vers la fin de cette année. Les autorités malgaches pourraient également mettre fin à la crise en l’espace de 14 mois.
Dans ces circonstances, le sommet de Syrte sert de plate-forme importante pour consolider la conception de démocratie et d’ordre constitutionnel du continent dans la recherche de la paix, du développement et de la prospérité. L’abscence de coups d’Etat est un consensus qui doit prendre racine dans la nouvelle ère de l’Afrique, une évidence renforcée par le fait que les leaders putschistes organisent eux-mêmes des élections pour sortir de l’impasse.



























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